MARIANNE MISPELAËRE

ACTUALITÉS

SOME OF US
NordArt 2019 - Pavillon français
exposition collective
commissariat : Jérôme Cotinet-Alphaize & Marianne Derrien
Kunstwerk Carlshütte ; Büdelsdorf /DE
du 1er juin au 13 oct.

À VENIR

BABEL
exposition collective
commissariat : Catherine Henkinet & Mélanie Rainville
ISELP (Institut Supérieur pour l'Étude du Langage Plastique) ; Bruxelles /BE
du 12 sept. AU 14 déc.

DE LEUR TEMPS 6
20ème anniversaire de l'ADIAF
exposition collective
Musée de la collection Lambert ; Avignon
du 7 déc. au 15 mars 2020


Le travail de Marianne Mispelaëre œuvre sur un territoire sensible en déployant des gestes éphémères ou des échanges oraux qui s’incarnent dans le simple tracé de lignes, l’éloquence silencieuse des signes que nous produisons et la disparition de formes conventionnelles de langage. Son univers ne fait pas sécession avec le monde. Il en explore une voie marginale : celle qui consiste à s’éloigner du flux continu de mots vidés de leur contexte, désincarnés des histoires singulières pour revenir à des formes de langage essentielles et pourtant fragiles.
Marianne Mispelaëre observe l’agitation du monde, ses moments de soulèvement, comme dans la série Silent Slogan (2016-en cours), collecte de gestes entamée sur Internet et témoignant de rassemblements spontanés advenus depuis 2010, du Printemps arabe à Nuit debout. Véritable encyclopédie visuelle, la série de cartes postales rassemble des tentatives anonymes de communiquer l’ici et maintenant de l’action au monde entier à travers des mouvements de mains banals et impulsifs. Il reste aujourd’hui, de ces espoirs déçus, la polyphonie de messages silencieux qui ont préféré alors, aux commentaires chaotiques des médias, l’immédiateté d’une expression à vocation universelle et directe. «Le “Printemps Arabe” me raconte avec ferveur le deuil impossible d’une certaine conception de l’humanité libre [1]» précise Marianne Mispelaëre. «Expliquer le réel n’a pas forcément de réalité. L’écriture de l’Histoire doit porter des traces qui ne se donnent pas l’immédiateté des méthodes ni l’accréditation des sources [2]. » Silent Slogan dit aussi l’impossibilité de cette Babel visuelle, car les gestes, sortis de leur contexte, de leur culture, prennent une multiplicité d’interprétations. Reste la fulgurance d’une histoire en train de s’écrire.
Silence aussi de ces mains qui refusent de communiquer, de livrer leur identité, avec No Man’s Land (2014-en cours), performance consistant à strier systématiquement de stylo-bille la paume de la main et l’extrémité des doigts avant de reporter ces traces sur une feuille de papier. La main, véritable carte visuelle de l’existence avec sa paume, trace intime de notre singularité avec ses empreintes digitales, est ici recouverte comme pour nier l’identité. Cette action est inspirée d’une image glanée dans le documentaire Qu’ils reposent en révolte (2010) de Sylvain George, consacré à Calais, à ces hommes qui scarifient leurs mains dans un ultime geste d’effacement des racines et de leur histoire.
Si l’espérance de vie peut se lire au creux de la main, l’existence ici devient confuse, dans cette cacophonie de lignes entremêlées, comme autant de destins.
Parfois la ligne devient sillon, le corps un étalon à l’aune duquel se jauge l’espace, comme dans Mesurer les actes (2011-en cours). Élaboré au cours de performances, ce dessin mural montre des lignes parallèles et verticales qui se frôlent et varient en densité dans une gamme de gris et de noirs, sans arrêt ni reprise depuis le point le plus haut que l’artiste puisse atteindre. Le dessin se poursuit jusqu’à épuisement de l’encre, de l’espace ou jusqu’au sien propre. La ligne – à la fois trajectoire et processus – devient un véritable sismographe du corps.
Dans ce va-et-vient permanent entre relecture anthropomorphique du dessin et anthropologie des gestes, entre intime et collectif, Marianne Mispelaëre poursuit sa quête d’une forme de primitivisme ou de quintessence des mouvements. Si son travail exprime la difficulté d’énoncer ou d’être entendu·e dans le bruit assourdissant du monde, il affirme, au fil des projets, la persistance d’élans vitaux, de formes de résistance, de signes essentiels.

Hélène Guenin, directrice du Musée d’art moderne et d’art contemporain (Nice, France)
Ce texte a été écrit et publié à l'occasion de la nomination de Marianne Mispelaëre au Prix AWARE 2018.
[1]. Marianne Mispelaëre, « Printemps Arabe », 2014. Ce texte a été écrit lorsque l'article travaillait sur la série « Newspaper ».
[2]. Ibidem.


PUBLICATIONS / éditions ; catalogues

MONUMENT ET CONTRE-MONUMENT. D'UNE ÉPOQUE À L'AUTRE ___par Anne Bernou ___in "À rebrousse-temps", catalogue de l’exposition éponyme. éd. musée Camille Claudel (Paris), 2019 ___ français

SOME OF US ___catalogue de l’exposition éponyme, 2019

PRIX AWARE ___par Hélène Guenin ___catalogue du prix éponyme, 2018 ___ français | english

PRIX LEAP ___par Hélène Guenin ___catalogue du prix éponyme. éd. Les Rotondes (Luxembourg), 2018 ___ français | english

L’ART DE LA GOMME. ESTOMPAGES, ÉVANOUISSEMENTS, IMPRÉGNATIONS ___par Camille Paulhan ___revue Hippocampe n° 15, 2018 ___ français

ARACHNÉ ___par Marianne Mispelaëre ___revue N/Z, 2018 ___français

HISTOIRE DE FANTÔMES POUR GRANDES PERSONNES ___par Marianne Mispelaëre ___édito de la transrevue TALWEG 05. éd. Pétrole Éditions, 2018 ___français

62ème SALON DE MONTROUGE ___par Emmanuelle Lequeux ___catalogue du Salon de montrouge, 2017 ___ français | english

LE BEAU DANGER ___par Marianne Mispelaëre ___édito de la transrevue TALWEG 04. éd. Pétrole Éditions, 2017 ___français

LE BAISER DE L'ADIEU ___par Marianne Mispelaëre ___transrevue TALWEG 04. éd. Pétrole Éditions, 2017 ___français

JET LAG / OUT OF SYNC. ___catalogue de l’exposition éponyme, 2017

BIENNALE DE LA JEUNE CRÉATION EUROPÉENNE ___catalogue de l’événement éponyme, 2017

IL FAIT CHAUD ___par Marianne Mispelaëre ___transrevue TALWEG 03. éd. Pétrole Éditions, 2016 ___français

SOBRES PUNKS ___par Marianne Mispelaëre ___édito de la transrevue TALWEG 03. éd. Pétrole Éditions, 2016 ___français

KUNSTPREIS ROBERT SCHUMAN ___par Élodie Stroecken ___catalogue du prix Robert Schuman, 2015 ___ français | deutsch

LE PREMIER MONDE ___par Marianne Mispelaëre ___édito de la transrevue TALWEG 02. éd. Pétrole Éditions, 2015 ___français

ICI ET MAINTENANT ___par Marianne Mispelaëre ___édito de la transrevue TALWEG 01. éd. Pétrole Éditions, 2015 ___français

CONSTRUIRE UN PAYS ___par Marianne Mispelaëre ___transrevue TALWEG 01. éd. Pétrole Éditions, 2015 ___français

SILENCES SOMPRIS ___par Stéphane Le Mercier ___catalogue de l'exposition "Übersetzen", 2012 ___ français

LA PART MANQUANTE ___catalogue de l’exposition éponyme, 2011